
A son image/ Ferrari.- Actes sud, 2018
Antonia découvre la photographie grâce à son oncle et parrain, qui lui a offert son premier appareil. Très vite elle va expérimenter la création de l’image, celle qui raconte les choses de façon juste, dans la subtilité, dans la retenue et la puissance. Mais la photographie parfaite, est dure à atteindre. Elle va atterrir dans un journal local, cantonnée à prendre en photo les assemblées générales et autres parties de pétanque. Mais sa vie est ailleurs, et un jour elle part, là-bas en Yougoslavie où la guerre fait rage.
A son image est un roman qui nous plonge dans la Corse des années 80-90 avec les groupuscules qui se créent et s’affrontent. Tout au long des pages nous survolons les différentes guerres, vues à travers un objectif, l’horreur est toujours la même, immorale pour le grand public. Mais les photographes, eux ne reviennent jamais sans marques, à vie.
Ce roman nous plonge aussi dans la religion, de ses croyances qui très vite montrent leurs limites quand l’horreur innommable est présente.
J‘ai aimé ce roman pour ses questionnements sur la place de la photographie, de ce que chaque photo raconte, d’artificiel ou d’essentiel, ayant moi-même réaliser de nombreux portraits sur le vif ou exagérément posés.
Il reste néanmoins un roman fort et difficile, avec peu de lueur, mais de l’amour et une nécessité de se souvenir
« Les gens ne veulent pas voir ça et s’ils le voient, ils préfèrent l’oublier. Ce n’est pas qu’ils soient méchants, égoïstes ou indifférents. Pas seulement, du moins. Mais c’est impossible de regarder ces choses en sachant qu’on ne peut strictement rien y changer. On n’a pas le droit d’attendre ça d’eux. La seule chose qui est en leur pouvoir, c’est détourner le regard.
Ils s’indignent. Et puis ils détournent le regard. »